Alors que le secteur immobilier figure encore sur le podium des secteurs les moins digitalisés au monde, la France s'impose désormais parmi les marchés avec la plus forte croissance des technologies de gestion de bâtiments (PropTech).
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En 2026, la donnée s'impose comme le nouveau socle de la gestion d'actifs en immobilier d'entreprise. Selon Morgan Stanley, l'immobilier mondial pourrait atteindre 34 milliards de dollars de gains d'efficience d'ici 2030. Et si cette tendance technologique progresse dans de nombreux pays, les exigences réglementaires adoptées dans l'hexagone nous propulsent parmi les marchés leaders du secteur.
La France est en train de prendre une avance considérable sur la digitalisation tertiaire. Derrière la réglementation, elle impose un cadre contraignant qu'aucun autre marché européen ne s'est encore résolu à prendre. La triple contrainte Décret Tertiaire / Décret BACS / CSRD a un effet structurel, créant la demande pour solutions PropTech sur le marché immobilier.
Là où l'adoption de la PropTech reste volontaire chez les Anglo-Saxons, motivée par la concurrence locative, elle est devenue une condition de conformité en France. Résultat : le pays affiche le taux de croissance le plus rapide d'Europe à horizon 2030, porté par un écosystème de 300 à 650 startups PropTech et des acteurs comme Deepki, qui monitore déjà plus de 500 millions de m² dans 38 pays après une levée de 150 millions d'euros.
Face au Décret Tertiaire qui impose une réduction de consommation énergétique de 40 % d'ici 2030 à tous les bâtiments de plus de 1 000 m², la plateforme OPERAT de l'ADEME recense déjà 740 000 déclarations et couvre 540 millions de m². En 2022, les premiers résultats montraient déjà une réduction de 22 % des consommations face aux années de référence — plus de la moitié du chemin vers l'objectif 2030.
En Janvier 2025, le Décret BACS est venu accélérer cette transition en imposant l'installation de systèmes d'automatisation dans les bâtiments les plus énergivores. En parallèle, la directive européenne CSRD exige désormais la publication d'environ 1 000 indicateurs extra-financiers, dont une part importante concerne directement le patrimoine immobilier.
Chaque nouvelle contrainte réglementaire devient une opportunité pour les startups / entreprises de créer des outils digitaux capables de révolutionner le secteur immobilier. Pour l'instant, près de la moitié des assujettis restent en retard sur leur conformité, avec une amende de 7 500 € par entité et une publication nominative des contrevenants à la clé. Le marché immobilier est important et sa digitalisation n'est plus une option.
Aujourd'hui, l'enjeu dépasse la conformité. L'Observatoire de l'Immobilier Durable estime que la décote sur les actifs immobiliers les plus énergivores pourrait atteindre 30 à 40 % d'ici 2030. À l'inverse, les immeubles performants captent déjà des primes locatives de 3 à 7 %, et les foncières les plus avancées accèdent à des conditions de financement préférentielles. L'enjeu est donc central pour les propriétaires qui utilisent le digital pour optimiser leurs rendements immobiliers.
Aujourd'hui, de plus en plus d'immeubles collectent une quantité astronomique de data : consommation d'énergie, occupation, température, humidité, niveaux de CO2, qualité de l'air, éclairage, débit d'eau, vibration de l'équipement...
Pour les gestionnaires d'actifs, il est important de recentrer son énergie sur les quatre familles qui structurent désormais la prise de décision.
C'est la plus mature. Consommations électriques, thermiques et fluides, mesurées en temps réel par des capteurs IoT ou remontées via les systèmes de GTB. C'est le socle de la conformité au Décret Tertiaire, mais aussi un levier de performance directe. La Tour Initiale à La Défense a réduit sa consommation de 25 % — soit 1,88 GWh économisé — grâce au pilotage data de ses installations, lui valant le prix Cube 2023.
Elle répond à une question que le télétravail a rendue incontournable : comment sont réellement occupés les espaces par les entreprises ? Taux d'occupation, flux de circulation, réservation de salles, qualité de l'air intérieur. En Europe, le taux de vacance des bureaux a atteint 6,8 % en 2023, poussant les propriétaires à investir dans la compréhension fine des usages pour différencier leurs actifs et réduire la vacance.
Elle couvre l'état des équipements. Historiques d'intervention, cycles de maintenance, alertes prédictives. L'enjeu est considérable : l'exploitation et la maintenance représentent 75 à 90 % des coûts de cycle de vie d'un bâtiment. La maintenance prédictive, basée sur l'analyse de données en temps réel plutôt que sur des calendriers fixes, réduit les coûts de maintenance de 20 à 40 %, divise les pannes par deux et allonge la durée de vie des équipements de 15 à 20 %. Le ROI d'un projet pilote s'atteint en 6 à 12 mois.
Baux, indexations, échéances, impayés, arbitrages. L'intelligence artificielle transforme déjà ce segment : certains cabinets internationaux commencent à traiter les baux par IA, réduisant le temps de revue manuelle de 85 %.
Au delà des innovations, la vraie rupture provient avant tout de leur intégration. Quand l'énergie dialogue avec l'usage, on identifie les gaspillages. Quand la data technique alimente la data financière, on anticipe les CAPEX. Aujourd'hui, beaucoup d'acteurs de l'immobilier tertiaire souffrent encore de données fragmentées entre tableurs, GMAO et logiciels de gestion locative. C'est précisément ce verrou que le smart building ambitionne de lever.
Un smart building est un bâtiment dont les systèmes techniques communiquent entre eux au lieu de fonctionner en silos. Et c'est précisément ce qui permet de faire converger les quatre couches de données dans une infrastructure unifiée.
Cette convergence repose sur une chaîne à trois maillons.
Ils collectent la data en continu : température, CO₂, consommation, vibrations, présence... Ils sont à l'origine des millions de data-points générés dans les immeubles commerciaux. Ces technologies, longtemps réservées aux bâtiments de dernière génération, peuvent désormais être équipées dans des bâtiments existants sans câble lourd grâce aux technologies LPWAN, rendant le retrofit accessible sur le parc ancien.
Il centralise ces flux avec ceux de la GTB, de la GMAO et des outils métier dans une plateforme unique. L'hexagone est considéré comme pionnier sur ce segment : la Smart Buildings Alliance a publié ses premiers référentiels dès 2022, et des acteurs français comme Spinalcom ou Wattsense se positionnent aux côtés de Schneider Electric et Siemens.
Il modélise le bâtiment en temps réel pour simuler des scénarios de rénovation, optimiser les consommations et planifier la maintenance à distance. Cette approche utilisée sur le Parc de Paris Orly-Rungis (400 000 m², 220 entreprises) a permis une réduction sur les factures énergétiques de 15 à 25 %, et jusqu'à 35 % d'économies sur les coûts de maintenance.
L'écosystème PropTech français rend cette transformation de plus en plus accessible. Les startups françaises, soutenues par les financements de BPI France et par des dispositifs publics, tirent le progrès. L'intelligence artificielle accélère encore cette dynamique avec notamment les contrôleurs HVAC pilotés par IA qui génèrent déjà des économies médianes de 18 à 35 %. Les projets sont nombreux pour développer des outils et des plateformes capables de révolutionner le secteur immobilier.
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