La France 1ère destination européenne des investisseurs étrangers : une position fragile

Le baromètre EY 2026 confirme la 1re place de la France parmi les pays européens d’accueil d’investissements étrangers, mais ce leadership est fragile.

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Le Baromètre EY 2026 confirme la première place française pour la 7e année consécutive, avec 852 projets recensés en 2025, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Cette pole position cache toutefois un net ralentissement. Le nombre de projets annoncés en France recule de 17 % en un an. La période 2026-2028 devrait rester marquée par l’attentisme des investisseurs. Dans un contexte géopolitique incertain, la France reste attractive, mais elle doit composer avec des arbitrages plus sélectifs et une concurrence européenne plus offensive.

1re place, mais une longueur d’avance fragilisée

L’année 2025 confirme le recul des investissements étrangers en Europe. Le Baromètre EY recense 5 026 décisions d’investissement dans 47 pays européens, soit une baisse de 7 % par rapport à 2024. L’impact sur l’emploi est plus marqué encore, avec une baisse de 25 % des emplois générés par les investissements directs étrangers (IDE) en Europe.

La France conserve pourtant la première place européenne, avec 852 projets d’investissements étrangers recensés en 2025. Le Royaume-Uni arrive deuxième avec 730 projets, devant l’Allemagne avec 548 projets. Ce classement confirme la résistance française dans un marché européen fragilisé par les tensions géopolitiques et le ralentissement économique mondial.

Attention toutefois, le recul de 17 % du nombre de projets annoncés est particulièrement prononcé en France. Le Royaume-Uni affiche une baisse de 14 % et l’Allemagne de 10 %. Le leadership français tient donc encore, mais l’avance se réduit dans un environnement plus concurrentiel.

Une poignée de projets porteurs d’emplois

Le recul du nombre de projets ne se traduit pas par un effondrement équivalent des emplois.

Les investissements étrangers ont généré près de 28 000 emplois en France en 2025, soit une baisse limitée à 4 % par rapport à 2024. Cette résistance contraste avec la moyenne européenne, où les emplois liés aux IDE reculent de 25 %.

Le nombre de grands projets est toutefois limité. Selon EY, 5 % des projets concentrent 50 % des créations d’emplois , notamment dans la logistique .

Industrie, R&D, IA : une attractivité qui change de nature

La France reste la première destination européenne pour les projets industriels étrangers. En 2025, 354 entreprises étrangères ont ouvert ou agrandi des usines dans l’Hexagone. Ce chiffre confirme le poids de la France dans l’industrie européenne, mais il marque aussi un recul de 15 % par rapport à 2024.

Le ralentissement touche surtout les secteurs industriels historiques . L’automobile, la chimie, la plasturgie et la métallurgie enregistrent une baisse des projets. Ces activités subissent la pression des coûts de production, la concurrence internationale et les incertitudes sur les débouchés.

La R&D affiche une contraction plus forte encore. Les projets de centres de recherche et développement reculent de 47 % en France en 2025. Cette baisse traduit la prudence des groupes internationaux, mais aussi les difficultés rencontrées par plusieurs secteurs industriels dans leurs arbitrages d’innovation.

À l’inverse, de nouveaux pôles d’attractivité émergent. L’intelligence artificielle, les data centers, la défense, l’énergie bas-carbone , les logiciels et les services IT concentrent une part croissante des annonces. La France attire notamment 53 projets liés à l’intelligence artificielle en 2025, davantage que ses principaux concurrents européens.

Cette recomposition montre que l’attractivité française change de nature . Elle repose moins sur une dynamique industrielle homogène que sur une combinaison de secteurs technologiques, énergétiques et logistiques.

Pourquoi la France reste attractive aux yeux des investisseurs étrangers ?

Les investisseurs étrangers continuent d’identifier des atouts solides en France. Le Baromètre EY cite :

  • la taille du marché ;
  • la capacité d’innovation ;
  • la qualité des infrastructures ;
  • l’accès à une énergie décarbonée ;
  • et la qualité de la main-d’œuvre.

D’après un sondage EY, 38 % des dirigeants internationaux considèrent toujours la France comme le pays le plus attractif d’Europe, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni.

L’accès à une électricité largement décarbonée, notamment grâce au nucléaire, pèse dans les arbitrages des groupes confrontés à des objectifs de décarbonation et à la hausse des coûts énergétiques.

Par ailleurs, les réseaux de transport, les plateformes logistiques, les métropoles régionales et les bassins industriels permettent aux investisseurs de trouver des sites adaptés à des projets variés, de l’usine à la plateforme logistique, du bureau commercial au centre technologique.

Les fragilités françaises qui pèsent dans les arbitrages

En revanche, les investissements en France sont fragilisés par les critères de :

  • compétitivité-coût ;
  • stabilité réglementaire ;
  • simplicité des processus administratifs ;
  • lisibilité de l’action publique.

Le coût du travail affecte les projets industriels et les activités fortement créatrices d’emplois. La fiscalité, le coût de l’énergie, les délais administratifs et le climat politique alimentent aussi les inquiétudes des maisons-mères étrangères .

Le recul des investisseurs américains et allemands pèse fortement sur la dynamique française. EY souligne que leurs investissements ont réduit de moitié en France depuis 2022, ce qui affecte mécaniquement les volumes.

Les États-Unis conservent néanmoins leur place de premier investisseur étranger dans l’Hexagone. En 2025, ils représentent 19 % des IDE recensés en France. Leur prudence vis-à-vis de l’Europe est un signal pour les années à venir.

Une concurrence européenne plus offensive, notamment au Sud et à l’Est

Plusieurs pays d’Europe du Sud et d’Europe centrale gagnent en visibilité auprès des investisseurs étrangers. Leurs atouts : des coûts plus compétitifs, des environnements réglementaires plus agiles et des politiques d’attractivité ciblées.

L’Espagne en est un exemple. En 2025, elle attire 376 projets d’investissements étrangers, soit une progression de 7 % par rapport à 2024. Sa dynamique repose sur une croissance économique supérieure à la moyenne européenne, un coût horaire du travail plus faible, une réserve foncière importante et une bonne articulation entre infrastructures logistiques et sites industriels.

Cette concurrence est particulièrement sensible pour les projets industriels, logistiques et les data centers . Ces investissements exigent du foncier, des autorisations rapides, des infrastructures fiables et des coûts d’exploitation maîtrisés. Sur ces critères, certains pays concurrents devancent aisément la France.

Effet sur le marché immobilier français

Ces arbitrages concernent aussi le marché immobilier français. Pour l’immobilier pro, 2025 marque une année de transition. Les investisseurs étrangers restent présents, mais leurs décisions se concentrent davantage sur les actifs capables de répondre à des besoins précis d’implantation, de logistique, de production ou de services.

L’investissement tertiairereste lui aussi exposé à cette sélectivité, notamment pour les sièges sociaux, les bureaux commerciaux, les centres de services et les activités financières. Les foncières européennes, exposées à ces marchés, adaptent elles aussi leurs stratégies d'allocation en fonction de ces nouvelles dynamiques.

Cette recomposition rappelle l’importance des actifs capables d’accueillir rapidement des usages productifs, logistiques, technologiques ou tertiaires.

Les limites d’une économie trop dépendante des IDE

Un fort niveau d’IDE peut coexister avec des fragilités macroéconomiques persistantes.

L’Allemagne attire moins de projets étrangers que la France, mais elle s’appuie sur un tissu industriel plus dense, des PME très compétitives et une forte base exportatrice.

Les IDE peuvent apporter des capitaux, des emplois, des technologies et des compétences. Ils peuvent aussi renforcer certains territoires industriels ou accélérer des transitions sectorielles. Leur effet dépend toutefois de l’ancrage local, de leur contribution à la chaîne de valeur et des liens construits avec les entreprises françaises .

Pour éviter que l’économie ne soit trop dépendante de décisions prises hors du territoire, les capitaux internationaux doivent être orientés vers des projets durables intégrés au tissu économique local.

2026-2028 : une période d’attentisme avant un possible rebond

Selon EY, 57 % des dirigeants interrogés envisagent d’investir en France en 2026. La volonté d’investissement est encore présente, mais moins affirmée que lors des années précédentes.

Les investisseurs ne prévoient pas de redressement rapide. EY indique que 69 % des dirigeants n’anticipent pas d’amélioration de l’attractivité française avant deux ou trois ans. La période 2026-2028 devrait donc rester marquée par des projets plus sélectifs et des exigences financières plus fortes.

EY note que si pour l’instant la crise au Moyen-Orient n’a pas impacté les projets d’investissement en France, les effets pourraient apparaitre dès le second semestre 2026. Les échéances politiques françaises de 2027, l’évolution de la croissance européenne et les tensions commerciales internationales pèseront aussi sur le calendrier des décisions.

L’attractivité de la France repose encore sur des fondamentaux puissants, mais les investisseurs attendent davantage de stabilité et de rapidité d’exécution. Ces arbitrages concernent aussi le marché immobilier français , notamment lorsque les groupes internationaux comparent la disponibilité du foncier, les délais d’autorisation, les coûts d’occupation et l’accès aux bassins d’emploi.

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