Logistique mutualisée, livraison collaborative : quels modèles, quels bénéfices et quels freins pour faire évoluer la logistique urbaine du dernier kilomètre.
lire l'article
En ville, le dernier kilomètre peut concentrer 20 % à 50 % du coût total de la livraison et contribue fortement aux émissions et à la congestion. La logistique mutualisée et la livraison collaborative font partie des solutions pour reprendre la main sur ces flux.
Tout d’abord, l’augmentation du nombre de livraisons et leur dispersion (e-commerce, livraisons de repas…) fragmente les tournées.
On observe par ailleurs une sous-optimisation des moyens, avec une hausse des VUL (véhicule utilitaire léger) en ville et des taux de remplissage qui ne dépasse pas les 65 %, voire 20 % des trajets réalisés à vide dans certains constats sectoriels.
Ensuite, la pression foncière et les contraintes urbaines repoussent les plateformes en dehors des zones denses, ce qui allonge encore les distances et complique le report modal.
La mutualisation vient valoriser des trajets jusqu’alors inutiles tout en mobilisant moins de véhicules et sans dégrader la qualité du service.
La collaborationdésigne un partenariat entre acteurs pour mener des actions collectives en partageant les risques et les bénéfices.
La mutualisation logistique va plus loin : plusieurs acteurs décident de mettre en commun des ressources (matérielles ou organisationnelles) dans un intérêt conjoint, avec un objectif de gain économique, financier ou environnemental.
Il faut distinguer ces approches de certains usages dits « collaboratifs ». Des dispositifs présentés comme collaboratifs peuvent se rapprocher d’une sous-traitance ou de modèles de plateformes (micro-entrepreneuriat), avec des effets ambigus sur la qualité de service et le travail. Ce flou a été relevé par plusieurs experts dans le cadre d’un rapport mandaté par la DGITM (Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités).
L’étude prospective pour la DGITM décrit la mutualisation comme une « boîte à outils » articulée autour de six modalités.
Il s’agit de consolider des envois pour réduire le nombre de tournées et d’arrêts. Dans l’e-commerce, l’enjeu est de réduire les positions de livraison, les kilomètres, les retours et l’échec à la présentation.
Centres de distribution urbains, espaces de consolidation, équipements partagés… La mutualisation valorise de nouvelles typologies immobilières.
L’objectif est d’augmenter le taux d’utilisation en adaptant la flotte à l’urbain et en réduisant le nombre de véhicules « en trop » (notamment quand la demande est très variable).
D’un point de vue immobilier, cela signifie : réserver du foncier ou des volumes pour des usages logistiques (locaux en pied d’immeuble, parkings, espaces communs, micro-hubs, consignes multi-transporteurs).
L’idée est d’optimiser des tournées, de regrouper les livraisons et la collecte à l’échelle d’un quartier, ou d’organiser un partage plus fin de l’espace public (temps / usages).
Cela concerne les règles communes, les protocoles, la standardisation, le partage d’informations, l’interopérabilité… Les gains viennent souvent autant de l’organisation que de la technologie.
Mutualiser, c’est accepter que la logistique devienne un sujet d’aménagement : où stocker, où consolider, où stationner, où transférer… sans bloquer la ville.
Plusieurs pistes opérationnelles reviennent dans les travaux prospectifs :
L’immobilier logistique tend ainsi à devenir un réseau de points urbains (petites surfaces, emplacements stratégiques, accès, compatibilité réglementaire) où la mutualisation peut réellement fonctionner.
La mutualisation passe par des arbitrages : niveau de service (rapide/lent), domicile/point relais, règles d’accès, données, partage des coûts et bénéfices.
C’est l’esprit de l’eXtrême Défi Logistique lancé par l’ADEME : tester, à l’échelle de territoires, des écosystèmes logistiques qui combinent mutualisation, optimisation et report modal. Le programme s’étale de 2024 à 2026, avec une phase d’idéation, puis des expérimentations en conditions réelles, avant un passage à l’échelle.
Le dispositif explore aussi le concept d’Autorité Organisatrice de la Logistique (AOL). Les gains sont estimés à environ 20 % sur les coûts opérationnels, les émissions polluantes, la congestion et les échecs de livraison.
La mutualisation apparaît souvent comme une réponse évidente aux contraintes du dernier kilomètre. Sur le papier, elle promet une réduction des flux, une meilleure utilisation des ressources et une baisse des nuisances en ville. Dans les faits, le passage à l’échelle se heurte rapidement à des limites très concrètes, moins visibles que les gains attendus mais décisives pour la viabilité des dispositifs.
6 660 offres
4 351 offres
3 297 offres
231 offres
127 offres
236 offres