Thierry Juteau : Face à ce contexte de fortes incertitudes, le marché de l’investissement en immobilier d’entreprise s’adapte au quotidien, mais il est encore trop tôt pour en mesurer tous les effets. Certaines commercialisations lancées ces derniers mois sont actuellement en stand-by, faute d’offres correspondant aux attentes des vendeurs. De manière très ponctuelle, des repricing en pleine due diligence ont même eu lieu. Les acquéreurs prennent désormais en compte la remontée des taux obligataires mais surtout le durcissement des conditions de financement. En effet, les investisseurs ayant recours à la dette voient leurs conditions financières fortement impactées, de plus 100 points de base par rapport à l’année dernière, du fait de la remontée du coût de financement sur le marché inter bancaire européen. Les banques vont davantage favoriser les actifs prime localisés dans les marchés profonds, labellisés et loués à des utilisateurs en bonne santé financière. De même que les critères ESG sont maintenant scrutés par les prêteurs. Les acteurs en full equity sont de fait épargnés par cette situation et l’on peut s’attendre à ce qu’ils animent davantage le marché de l’investissement au second semestre 2022 ainsi qu’en 2023.
On assiste également, chez certains investisseurs, à des évolutions rapides dans les stratégies d’allocation. Une répartition plus équilibrée entre les différents actifs immobiliers d’une part, et/ou une allocation dédiée à l’immobilier réduite. Pour certaines typologies d’actifs immobiliers, la décompression des taux avait été amorcée bien avant, en particulier le commerce. Et si les dernières années avaient vu certains investisseurs se désintéresser de l’immobilier commercial – en réponse aux différentes crises comme les Gilets Jaunes, le Covid ou encore l’évolution des modes de consommation perturbant les cash-flows des bailleurs – il y a fort à parier pour que quelques-uns reviennent vers cette typologie plus rémunératrice sur le rendement en capital. En revanche, il faudrait veiller à ce que l’indexation des loyers soit contenue à l’instar du « bouclier loyer » pour le résidentiel, afin de préserver autant que possible les taux d’effort, et d’éviter tout bonnement la fermeture de commerces.