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Ep.2 - Interview de Denis HAMEAU, Conseiller Délégué de DIJON MÉTROPOLE

Écoutez le podcast de l'interview de Denis HAMEAU, Conseiller Délégué de Dijon métropole

Retranscription de l'échange

J’ai le plaisir d’être aujourd’hui avec Denis Hameau, conseiller délégué de Dijon métropole, qui nous apporte aujourd’hui son témoignage pour la parution de la 4ème édition du Baromètre d’attractivité de dynamisme des métropoles d’Arthur Loyd. Je vous remercie d’être présent avec nous pour partager votre expérience et votre point de vue quant à cette thématique du dynamisme des métropoles, et notamment celle qui nous intéresse : Dijon.

Denis Hameau : Je suis conseiller délégué à Dijon métropole, en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’université et de la smart city avec le projet OnDijon. C’est une smart city humaine qui cherche à être soutenable dans une logique de développement durable. Je suis aussi vice-président à l’économie sociale et solidaire en Franche-Comté.

Nous sommes en 2020, année charnière pour plusieurs raisons mais également pour faire le bilan du développement des métropoles en France. Comment analysez-vous l’évolution des métropoles ces 20 dernières années et comment a évolué Dijon ?

Denis Hameau : Si on regarde les 20 dernières années, il faut faire la différence entre les mégalopoles mondiales, qui sont des géants de plusieurs dizaines de millions de personnes y habitant, avec tous les enjeux urbains et écologiques qui peuvent s’y rattacher ; et les métropoles en France, pour les plus grandes avec quelques millions d’habitants. On n’est pas du tout sur les mêmes échelles. On constate sur l’ensemble une concentration des grandes fonctions de décisions des entreprises, des administrations ou des hôpitaux par exemple. Les équipements structurants se développent dans les métropoles, par exemple, tout ce qui est autour des chauffages urbains, des hôpitaux avec les centres hospitaliers universitaires, le traitement de l’eau, les déchets, les infrastructures numériques, la mobilité : avant on parlait de transports, aujourd’hui on parle plutôt de mobilité globale. Cela crée un phénomène d’attractivité des territoires puisqu’il y a tous les services qui s’y trouvent. Il y a des enjeux de croissance, puisque lorsqu’il s’agit de construire des logements pour des personnes, de créer des services comme les écoles pour les familles.  Il y a aussi une prise de conscience liée aux enjeux climatiques, au CO2, au fait que la biodiversité s’effondre. Beaucoup de villes se sont lancées dans des programmes pour produire moins de carbone et être zéro phyto dans l’usage des pesticides. Je note aussi quelque chose d’important pour les métropoles de taille moyenne comme Dijon : l’émergence de l’économie de la connaissance. En fait il est très important pour l’innovation d’avoir des compétences clés en lien avec l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation et avoir des grandes écoles sur notre territoire qui peuvent être des écoles d’ingénieurs, des écoles d’architecture. Cela créé un phénomène important d’attractivité des métropoles. L’attractivité se caractérise aussi par le fait qu’on y trouve beaucoup de culture, du sport, des équipements et une capacité à avoir des services. On peut aussi y trouver de la nature, des points de fraîcheur lorsqu’il fait chaud. Dijon depuis 20 ans a eu une transformation très importante pour se doter de ces équipements dont je viens de vous parler. Par exemple la culture : le Zénith, l’année dernière nous avons inauguré le musée des beaux-arts, le deuxième musée de France après le Louvre, avec des collections magnifiques. Si je prends le sport on a créé une piscine olympique et on a aujourd’hui un grand stade pour l’équipe de football DFC. Tous ces éléments-là sont très importants pour l’attractivité du territoire.

Selon vous quelles sont les forces de Dijon, sur quoi mise-t-elle pour développer son attractivité et quelle stratégie de marketing territorial ?

Denis Hameau : Dijon est un territoire de taille moyenne, c’est une métropole, mid-size comme disent les Anglais. Elle a l’avantage, avec cette taille moyenne, d’être capable de beaucoup d’agilité. Le développement des projets se fait dans des temps très courts entre le moment où un projet est validé et le moment où il sort de terre. Il y a souvent 3 ans maximum de développement. C’est très rapide pour une métropole. Si je prends par exemple le projet de campus métropolitain que je suis, et que l’on va accueillir l’année prochaine. On l’accueillera de manière définitive dans des locaux ESEO et ESTP, deux écoles d’ingénieurs. C’est un projet pour lequel on a mis 3 ans entre le moment où nous l’avons décidé et le moment où nous intègrerons les écoles dans le bâtiment. Les points forts de Dijon sont aussi des structurations en filières autour de quelques axes forts, l’agroalimentaire par exemple. Tout le monde sait que la moutarde c’est de Dijon, le cassis aussi et qu’il y a des très bons vins. Mais nous avons aussi beaucoup de productions de moutarde, de céréales. L’agroalimentaire est une force de Dijon. Nous avons en parallèle une unité de recherche de l’INRAE qui est très importante sur l’agroécologie, on s’est lancé dans le projet « système alimentaire durable à 2030 », les fameux TIGA [territoire d’innovation de grandes ambitions] annoncés par le gouvernement, nous avons été lauréat pour ce projet et nous sommes en train de les développer.

Dans la santé, qui est aussi une filière importante, nous avons des grandes entreprises. Nous travaillons avec le CHU sur des projets comme RéadapTIC, qui font le lien entre la santé et le numérique. Le technopole santé sera aussi un projet important. Si je prends l’énergie, on est en train de développer toute une stratégie autour de l’hydrogène. Nous aurons donc des bus à hydrogène et un certain nombre de solutions pour baisser notre empreinte carbone par l’hydrogène. Si je prends le tourisme, filière importante de Dijon, on est en train de finir la cité internationale de la gastronomie et du vin. Et enfin il y a le projet autour du numérique, filière importante aussi. On a OnDijon, le projet phare qui nous a permis de structurer la filière du numérique, de créer de la dynamique, en lien avec l’enseignement supérieur. On a fait une chaire « smart city et gouvernance locale de la donnée » avec l’université. Nous sommes en lien avec la chaire ETI de Paris et je travaille aussi avec la chaire de l’école urbaine de Sciences Po. Nous sommes en réseau avec d’autres, c’est ce qui fait la force de Dijon, on sait aussi regarder ce que font les autres, être inspirant et inspirer les autres. Dans les projets importants on a également un projet qui s’appelle respons, un projet qui a été gagné dans un concours européen (un projet autour du programme H2020). Sur 12 candidats européens seule Dijon a été retenue, ce sont plutôt des projets emblématiques.

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Maintenant si vous voulez bien, nous allons prendre un peu de hauteur pour faire de la prospective. Selon vous quel profil auront les métropoles de demain, quels enjeux et quels obstacles devront-elles surmonter ?

Denis Hameau : Selon moi les métropoles de demain doivent être au service de tout leur territoire régional parce que c’est là que se créent les dynamiques. Il faut absolument que les métropoles soient des lieux de solidarité territoriale. C’est-à-dire qu’on ne peut pas avoir d’un côté des métropoles qui avancent très vite, qui ont demain la 5G, et à 10 kilomètres, des territoires qui n’ont même pas le téléphone. Pour moi c’est un enjeu très important, c’est à l’État de régler cela, l’Etat devrait s’occuper des zones rurales, mettre les infrastructures pour que les gens aient au moins le téléphone pour qu’ensuite ils aient du réseau numérique. C’est un sujet très très important. Les métropoles qui ont des capacités d’ingénierie et de l’expertise de haut niveau doivent être des endroits qui se mettent au service des autres territoires autour. Je pense que c’est comme cela qu’on refera société. Aujourd’hui il y a trop de fractures, de ruptures et les métropoles sont des marchés dans lesquelles les grandes entreprises viennent vendre un certain nombre de services et c’est très bien. Mais il ne peut pas y avoir un décrochage à ce point entre des territoires qui auraient un peu tout, ou on trouverait tout ce qu’on souhaite, les gens viendraient s’installer, et de l’autre côté des territoires ruraux qui n’auraient quasiment plus rien, plus de services, plus de gares. Il y a un vrai sujet : comment recrée-t-on des dispositifs et des services ? Il y a des sujets d’infrastructures. Il n’y a pas que les métropoles qui peuvent régler cela, elles peuvent amener l’ingénierie et les idées, mais il y a aussi le budget, les infrastructures et des choix politiques à faire.

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J’ai noté quelques éléments en matière de conclusion. Vous m’avez parlé de ville moyenne pour Dijon, qui misait sur l’économie de sa connaissance pour son attractivité. Vous avez aussi souligné que sa taille était une force parce qu’elle permettait de mettre en place des projets sur un temps plus court que d’autres grandes villes. Je voudrais souligner la force d’une marque de territoire, qui à Dijon est JustDijon, pour faire connaitre et reconnaitre un territoire et une métropole.