Interview Katayoune Panahi 2022

SNCF Immobilier | 25 MIN

Baromètre 2022 - interview Katayoune PANAHI

"il est important d’éviter, lors du développement de nouveaux programmes immobiliers, d’accroître les fractures sociales et territoriales. Pour ce faire, il nous faut œuvrer pour une ville sociale et solidaire, tout en conciliant des antagonismes environnementaux et économiques."

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Retranscription

Cevan Torossian : Le groupe SNCF s’est fixé l’objectif de réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de l’immobilier d’ici 2030 afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Comment comptez-vous y parvenir ?

Katayoune Panahi : La SNCF souhaite aller plus loin que le seul décret tertiaire (qui vise une réduction de sa consommation énergétique de 40 % d’ici 2030), et prévoit ainsi une diminution de 50 % de son empreinte carbone dans les mêmes délais.

Pour ce faire, la rationalisation de notre parc immobilier représente bien sûr un premier levier. Cela en procédant tout d’abord à une réorganisation de nos espaces de travail (il est regrettable d’avoir d’une part des espaces individuels vides, et d’autre part des lieux de travail collectifs surchargés). A une échelle plus globale, nous avons également enclenché une démarche de réorganisation de nos implantations, en passant notamment par des regroupements. A Sotteville-lès-Rouen, en lieu et place d’un ancien site industriel, c’est ainsi un programme de 3 bâtiments de 12 000 m² que nous avons aménagé pour 6 établissements, autrefois dispersés sur une trentaine de sites.

La rénovation de nos infrastructures énergétiques constitue un autre levier majeur, qui implique notamment la mise en place d’installations de chauffages économes, ou encore de panneaux photovoltaïques, qui produisent jusqu’à 80 % de notre apport en énergie nécessaire.

Enfin, nous avons voulu intégrer, sur le plan méthodologique, de nouveaux indicateurs (tels que le Prix Interne du Carbone, ou encore le Coût d’Abattement Carbone) dans nos processus de décision. Ils nous permettent de mesurer l’aspect vertueux de nos projets sur le plan environnemental.

« Il est très important d’éviter l’aggravation des fractures sociales et territoriales dans la ville de demain »

Cevan Torossian : SNCF Immobilier a l’ambition de prendre part à la fabrication de la ville « sobre, résiliente, solidaire et inclusive », ainsi que l’affirme un de vos leitmotivs. Quels sont vos moyens d’action pour mettre en œuvre cette vision ?

Katayoune Panahi : Ces objectifs se traduisent en actions très concrètes. La sobriété passe par la réutilisation de fonciers délaissés, mais aussi par un certain nombre de partenariats : à titre d’exemple, le « Booster du Réemploi » nous assiste ainsi dans un objectif de réutilisation de 70 à 80 % des matériaux prélevés sur site. Sur le plan de la résilience, il est important de prévoir la réversibilité des bâtiments dès leur phase de construction. Notre projet d’immeuble bas-carbone parisien le « Messager », répond à cet impératif : il s’agit en effet d’un programme de bureaux, qui - dès sa conception - a été pensé pour pouvoir être reconverti en logements, si besoin était.

Sur le plan de l’inclusivité, il est important d’éviter, lors du développement de nouveaux programmes immobiliers, d’accroître les fractures sociales et territoriales. Pour ce faire, il nous faut œuvrer pour une ville sociale et solidaire, tout en conciliant des antagonismes environnementaux et économiques.

Cevan Torossian : Quelles synergies sont rendues possibles par votre double-expertise dans le transport et l’immobilier ? En quoi celle-ci vous permet-elle d’appréhender l’aménagement urbain sous un angle différent ?

Katayoune Panahi : La SNCF est historiquement la première société de transports de France et le deuxième propriétaire foncier national, avec 8 millions de mètres carrés de bâtiments et 30 000 hectares de foncier aménageable. Deux savoir-faire qui lui donnent une expertise dans le champ de l’aménagement territorial. Afin d’accroître le recours aux transports en commun - nettement moins polluants que le transport individuel ou le fret de marchandises par camion - nous nous attachons ainsi à la reconversion d’anciennes friches ferroviaires, à proximité de gares et pôles multimodaux, pour en faire de nouveaux quartiers attractifs. Cette stratégie de la proximité appuie ainsi notre volonté de multiplier par deux la part du ferroviaire dans le mode global des transports. Cela alors qu’il n’en représente aujourd’hui malheureusement que 10 %.

« Nous avons fait le constat qu’il pouvait y avoir une longue période de déshérence entre l’examen d’un projet et le premier coup de pioche. C’est regrettable, surtout dans un contexte où il faut tendre vers la sobriété foncière »

Cevan Torossian : Vous disposez d’une filiale spécialisée dans la valorisation d’anciens espaces de chemins de fer. On parle beaucoup de mutualisation des espaces, d’urbanisme transitoire et de recyclage urbain. Dans quelle mesure vous appropriez-vous ces concepts ?

Katayoune Panahi : Nous avons développé les premiers concepts d’urbanisme transitoire il y a une dizaine d’années. Nous avons en effet fait le constat qu’il pouvait y avoir une longue période de déshérence entre l’examen d’un projet d’aménagement et le premier coup de pioche. C’est regrettable, surtout dans un contexte où il faut tendre vers la sobriété foncière. Nous gérons à ce jour une quarantaine de sites d’urbanisme transitoire, et en repensons le modèle pour accueillir des tiers-lieux, des espaces culturels et d’artisanat ou encore des associations. Aujourd’hui, plus encore que l’urbanisme transitoire, nous allons vers un urbanisme de transition…

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