Interview Christophe BEUNAICHE, Directeur des Agences Arthur Loyd de La Guadeloupe, La Guyane et La Martinique

À la tête des agences Arthur Loyd en Martinique, Guadeloupe et Guyane, Christophe BEUNAICHE évolue depuis plus de vingt ans dans l’immobilier d’entreprise aux Antilles et en Guyane. 

Au fil de cette interview, il revient sur son parcours, décrypte les spécificités des trois territoires et partage sa vision des marchés des bureaux, commerces et locaux d’activités.

Les points essentiels : 

  • Les agences Arthur Loyd Guadeloupe, Arthur Loyd Guyane et Arthur Loyd Martinique sont en activité depuis 2011 et sont les seules appartenant à un réseau 100 % spécialisé dans le conseil en immobilier d’entreprise.
  • Les marchés de l’immobilier d’entreprise de Guadeloupe et de Martinique souffrent d’un manque de fonciers disponibles pour développer de nouveaux projets et les coûts de construction y sont très élevés car devant intégrer les normes antisismiques et anticycloniques.
  • Le marché de l’immobilier d’entreprise en Guyane est en plein développement avec deux grands pôles : la zone de Cayenne-Matouri et le secteur de Saint-Laurent-du -Maroni.
  • Les marchés des bureaux de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique enregistrent des volumes annuels entre 5.000 m² et 10.000 m² avec un rôle de locomotive important des services de l’Etat.
  • Le marché de l’immobilier commercial est dynamique et se concentre sur les centres commerciaux et les retail parks de périphérie.
  • Le marché immobilier des dépôts, entrepôts et locaux d’activités est en sous-offre chronique, notamment sur les Antilles, avec peu de disponibilité et des valeurs de loyers très élevées de 180 € HT-HC/m²/an pour de la seconde main à 240 € HT-HC/m²/an pour des locaux neufs.
     

Le parcours professionnel de Christophe BEUNAICHE

Peux-tu nous présenter ton parcours professionnel en quelques mots ? Depuis combien de temps fais-tu de l’immobilier d’entreprise dans les Départements et régions d’outre-mer ?

Christophe BEUNAICHE : "Je travaille dans l’immobilier d’entreprise depuis 2001. J’ai commencé chez Groupimmo, un groupe d’agences immobilières qui venait d’obtenir la franchise Arthur Loyd. J’ai alors participé à l’implantation et au développement de la marque, d’abord en Martinique, puis en Guadeloupe quelques années plus tard et enfin en Guyane. 

En juillet 2011, j’ai eu l’opportunité de reprendre la marque et de créer mes propres agences. Quinze ans plus tard, nous sommes présents sur les trois territoires avec une équipe de six collaborateurs entièrement dédiée à l’immobilier d’entreprise.".

L’immobilier d’entreprise en Guyane

Peux-tu nous présenter la région de Guyane et ses caractéristiques et tendances qui selon toi influent sur la dynamique de l’immobilier d’entreprise local ?

CB :  "La première particularité de la Guyane est évidente, mais essentielle : contrairement à la Martinique et à la Guadeloupe, ce n’est pas une île. Elle occupe une position stratégique en Amérique du Sud, avec des frontières avec le Brésil et le Suriname. C’est également un territoire qui connaît une forte dynamique démographique. Cette croissance entraîne des besoins importants en infrastructures, en logements, en services publics et, naturellement, en immobilier d’entreprise. L’État doit accompagner cette évolution : davantage d’écoles, de services administratifs, de forces de sécurité, etc. Cela génère directement des besoins immobiliers.

Deux pôles concentrent aujourd’hui l’essentiel de cette dynamique : Cayenne-Matoury et Saint-Laurent-du-Maroni. Nous y constatons un développement simultané des bureaux, des commerces et des locaux d’activités. 

Le secteur spatial reste également important. Même si le fonctionnement du CNES a évolué et que les effectifs permanents ont diminué, l’activité aérospatiale reste une formidable carte de visite pour la Guyane. Elle confère au territoire une dimension stratégique et contribue à rassurer les investisseurs.".

L’immobilier d’entreprise en Guadeloupe

Peux-tu nous présenter le département de La Guadeloupe et ses caractéristiques et tendances qui selon toi influent sur la dynamique de l’immobilier d’entreprise local ?

CB : "La Guadeloupe bénéficie d’une topographie et, dans certaines zones, de caractéristiques foncières plus favorables qu’en Martinique. Cela peut limiter certains surcoûts de construction. Il ne faut toutefois pas oublier que, comme la Martinique, la Guadeloupe est soumise aux contraintes sismiques et cycloniques. Les normes de construction sont donc exigeantes et ont nécessairement un impact sur les coûts. 

Le cœur économique reste incontestablement Jarry. C’est une zone majeure où cohabitent immobilier industriel, bureaux, commerces et activités logistiques.

Depuis une quinzaine d’années, nous observons également une montée en puissance très importante du secteur Dothémare–Providence aux Abymes, qui constitue désormais un autre pôle à suivre.".

L’immobilier d’entreprise en Martinique 

Peux-tu nous présenter la Communauté Territoriale Unique de La Martinique et ses caractéristiques et tendances qui selon toi influent sur la dynamique de l’immobilier d’entreprise local ? La situation est-elle différente par rapport à La Guadeloupe ?

CB : "Oui, la différence est assez nette entre les marchés guadeloupéen et martiniquais. Le marché martiniquais est structuré autour de différentes zones d’activités principalement situées le long de l’axe Fort-de-France–Rivière-Salée, côté Caraïbes. Le problème est que beaucoup de ces zones sont aujourd’hui saturées. Elles disposent de très peu de possibilités d’extension.

En Martinique, le foncier économique disponible est à la fois rare, cher et parfois complexe à aménager. Les possibilités de création de nouvelles zones d’activités sont limitées et les opérations peuvent mettre de nombreuses années à aboutir. 

Cela entraîne mécaniquement une raréfaction de l’offre et des coûts de construction élevés. Sur certaines opérations neuves, nous arrivons aujourd’hui à des prix de sortie qui me paraissent supérieurs aux valeurs que le marché peut raisonnablement absorber. 

Historiquement, la Martinique a longtemps été le territoire économiquement le plus actif de la zone Antilles-Guyane. Depuis quatre ou cinq ans, je constate néanmoins un ralentissement. Comme en Guadeloupe, le marché reste essentiellement locatif, avec peu d’offres neuves et relativement peu de ventes à des utilisateurs.".

Quelle dynamique pour l’immobilier commercial aux Antilles et en Guyane ?

Conjoncture immobilière pour les centres commerciaux et les retail parks aux Antilles et en Guyane

Quelle est la situation de l’immobilier commercial des centres commerciaux et emplacements de périphérie dans la zone Antilles-Guyane ?

CB : "Le commerce reste globalement dynamique sur les trois territoires, notamment dans les centres commerciaux, les zones commerciales et les retail parks. Les principales enseignes et franchises nationales sont présentes et les grands ensembles commerciaux périphériques continuent globalement à bien fonctionner. Nos territoires étant relativement restreints, le nombre de grands pôles commerciaux reste limité. Cela évite, jusqu'à présent, une multiplication excessive des centres susceptible de déstabiliser les sites existants. Nous constatons néanmoins actuellement un léger recul de la fréquentation et des chiffres d’affaires. 

Parallèlement, de petits ensembles commerciaux continuent à se développer le long des grands axes, avec des cellules de 70, 100 ou 150 m². Ils répondent à une vraie demande, car nos territoires ont longtemps manqué de petites surfaces commerciales adaptées.".

Conjoncture immobilière pour les centres-villes aux Antilles et en Guyane

Et quelle est la situation de l’immobilier commercial dans les centres-villes ?

CB : "La situation est plus compliquée dans les centres-villes historiques.

À Pointe-à-Pitre, par exemple, le marché commercial reste difficile. À Fort-de-France, le réaménagement du front de mer a permis de recréer une fréquentation, notamment familiale, mais cela ne suffit pas encore à provoquer un véritable retour des enseignes vers le centre-ville.

Au niveau national, nous avons observé certaines réflexions d’enseignes souhaitant quitter de grands centres commerciaux pour revenir vers des surfaces urbaines plus petites, plus faciles à exploiter et avec des loyers moins élevés. Pour le moment, ce mouvement n’est pas réellement engagé dans les principaux centres-villes
des Antilles-Guyane. 

La situation est différente dans les communes touristiques. Aux Trois-Îlets, à Pointe-du-Bout, Sainte-Anne ou au Marin en Martinique, comme au Gosier, à Saint-François ou Sainte-Anne en Guadeloupe, les centres fonctionnent bien grâce aux flux touristiques, avec une offre importante de restaurants, bars et petits commerces.".

Conseils pour une recherche de bureau ou de local commercial en Guadeloupe, en Guyane ou en Martinique

Quels conseils donnerais tu à une entreprise qui recherche des bureaux ?

CB : "La première chose est de bien comprendre son activité, son organisation et son projet.

Pour une entreprise qui souhaite valoriser son image, je recommande généralement de privilégier des immeubles récents et qualitatifs.

Pour les petites structures, notamment les entreprises de services comptant deux ou trois collaborateurs, les centres d’affaires sont souvent une très bonne solution.
Ils permettent de disposer de services mutualisés, mais surtout d’évoluer dans un environnement regroupant plusieurs entreprises. Cela favorise naturellement les échanges et les contacts professionnels. Nous travaillons par exemple avec Buro Club, présent sur les trois territoires, mais également avec différents centres d’affaires locaux proposant notamment des surfaces de bureaux de 50 à 100 m².".

Et tes conseils pour une entreprise qui recherche un local commercial ?

CB : "Aujourd’hui, l’emplacement reste déterminant.

Pour la majorité des activités commerciales, je privilégierais un centre commercial, une zone commerciale établie ou un quartier commercial clairement identifié dans l’une des principales communes. La visibilité, l’accessibilité, le stationnement et surtout la réalité du flux doivent primer sur le
reste.

Conseils pour une recherche de local d'activité ou d'entrepôt aux Antilles ou en Guyane

Quelle est la conjoncture pour les marchés immobiliers industriels (dépôts, locaux industriels, entrepôts) en Guadeloupe, en Guyane ou en Martinique ?

CB : "Le marché des dépôts et locaux d’activités semble beaucoup plus tendu. Pourquoi ? C’est probablement l’un des principaux problèmes actuels de nos marchés. Les trois territoires souffrent d’un manque de locaux d’activités, mais la situation est particulièrement tendue en Martinique. L’offre disponible est très faible face à la demande. Conséquence directe : les valeurs locatives ont fortement augmenté. En Martinique, nous pouvons aujourd’hui atteindre environ 180 € HT-HC/m²/an pour des locaux de seconde main, avec des valeurs pouvant aller jusqu’à 240 € HT-HC/m²/an pour certains locaux neufs.

Pour une entreprise qui recherche ce type de produit, il faut donc anticiper sa recherche le plus tôt possible. Attendre d’avoir un besoin immédiat réduit considérablement les possibilités de choix.".

Pourquoi faire appel aux services d’Arthur Loyd Guadeloupe, Arthur Loyd Guyane ou Arthur Loyd Martinique

Quelles sont les spécificités des agences Arthur Loyd aux Antilles et en Guyane ? Pourquoi un client en recherche ou un propriétaire de bâtiment devrait faire appel à vos services ?

CB : "Notre mot d’ordre est simple : le service.

Notre travail ne consiste pas uniquement à trouver un local et à faire signer un bail. Nous accompagnons nos clients avant, pendant et après la transaction. Nous intervenons régulièrement dans le suivi du bail, sur des problématiques de travaux ou pour apporter des conseils techniques, juridiques et financiers. Cette capacité repose sur la formation permanente de nos collaborateurs et sur leur spécialisation dans l’immobilier d’entreprise.

À cela s’ajoute notre connaissance historique des marchés. Nous travaillons sur ces territoires depuis vingt-cinq ans. Nous connaissons les zones, leur évolution, les valeurs pratiquées et l’historique de nombreux immeubles. Cette expérience est un véritable atout, à condition de ne jamais considérer que l’on connaît
définitivement un marché. Il évolue en permanence et notre rôle est précisément de conserver cette connaissance historique tout en restant attentifs aux nouvelles tendances. ".

Interview Septembre 2026 par Julien PIERRE pour Arthur Loyd Antilles-Guyane

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