La crise sanitaire, un accélérateur de tendances déjà existantes
La recherche d’une meilleure qualité de vie était, déjà avant le déclenchement de la crise du Covid-19, un prétexte au départ en région pour bon nombre de franciliens. L’attractivité de certaines métropoles régionales n’est pas un phénomène nouveau, comme l’a démontré la dernière édition du Baromètre Arthur Loyd. Rappelons que la population augmente depuis 2010 trois fois plus vite dans les métropoles de Nantes, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier que dans celle du Grand Paris. Quant à Lyon, son aire urbaine a généré 12 000 créations nettes d’emplois par an au cours des dix dernières années, un chiffre qui témoigne du dynamisme des métropoles régionales.
Un exemple de profil qui a osé franchir le pas : Stéphane Pasquier[2], Ingénieur commercial pour le groupe TEB vidéo & sécurité explique :
« Après une vingtaine d’années à Paris, on s’est installé avec toute ma famille à Bordeaux pendant l’été 2019. J’étais Directeur commercial en région parisienne, j’ai dû faire quelques concessions pour accéder à la région, mais je n’ai vraiment aucun regret ! La proximité de la nature et de la mer, ainsi que la facilité des déplacements au sein de la métropole bordelaise, changent notre quotidien. L’excellente connectivité avec Paris via le TGV facilite d’autant plus mon activité professionnelle. »
La période du confinement a pu faire prendre conscience chez certains qu’une autre vie est possible en s’éloignant de Paris. Cette crise pourrait ainsi accélérer des processus existants, et entraîner une vague de déconcentration de l’économie francilienne vers les régions.
Le bureau de demain sera agile, ou ne sera pas
A la sortie du pic épidémique, une image générale se dessine : celle de l’entreprise multisites dans laquelle le siège social, devenu la « maison des collaborateurs », s’associe à un réseau physique de bureaux pour permettre le travail à distance. Bureau, domicile, tiers-lieux et centres d’affaires, gares… font partie de ce nouveau décor.
Pierre-Antoine Matrand, Directeur Général d’Arthur Loyd Ile-de-France commente :
" Les entreprises vont devoir relever un certain nombre de défis à court terme. Le premier sera d’ordre financier, en réalisant des plans d’économie tous azimuts pour absorber le choc de la récession. Tous les regards convergent en ce moment sur l’immobilier d’exploitation, avec un leitmotiv : réduire les surfaces occupées lorsque cela est possible, ou renégocier les conditions du bail pour optimiser les coûts. Nous expliquons aux entreprises que nous accompagnons sur ces sujets qu’une autre voie est possible avec des solutions immobilières flexibles – et parmi elles, le coworking – qui permettent de gagner en agilité, et de réduire la voilure rapidement en cas de nouveau coup dur, en contournant la rigidité du bail commercial classique."
Les entreprises utilisatrices de bureaux expriment depuis longtemps le besoin d’apporter de la souplesse à leur outil immobilier. Mais pour un certain nombre d’entre elles, cette souplesse s’était en réalité déjà traduite avec un foisonnement d’espaces de travail protéiformes au sein des bureaux : les aménagements étaient adaptés pour permettre aux collaborateurs d’alterner entre moments de concentration ou production, et phases plus créatives, durant lesquelles les échanges – formels ou informels – permettaient l’émergence des idées nouvelles.
Le déploiement à marche forcée du télétravail pendant le confinement a révélé au grand jour qu’il pouvait être une alternative crédible au bureau pour les séquences qui nécessitent calme et concentration. En même temps, cette période a démontré que le lien social, l’adhésion à la culture d’entreprise et l’exploration de sujets nouveaux ne pouvaient se satisfaire d’interactions 100% digitales.
Pierre-Antoine Matrand, conclut :
« Les modes de travail dans le ‘monde d’après’ font actuellement l’objet d’intenses réflexions au sein des directions générales. Certaines d’entre elles ont lancé des consultations auprès de leurs équipes pour positionner le curseur entre part du télétravail, nomadisme des collaborateurs et présence physique au bureau dans leur future organisation. L’enjeu est celui de la reprise d’activité et de l’adaptation au changement. On s’oriente probablement vers une hybridation du temps de travail, avec le travail à distance – en ‘home office’ ou dans un tiers-lieux – pour gagner en efficacité sur ses tâches, et le bureau, qui sera le lieu qui rassemble, fédère les équipes et permet à l’intelligence collective de s’exprimer pleinement. L’open space d’hier laisserait alors place à ‘l’happen space’, le lieu d’animation de la communauté d’entreprise, point de convergence des collaborateurs. Et pour les entreprises les plus audacieuses, un redéploiement de l’activité francilienne sur des sites satellites en régions pourrait demain représenter un atout pour retenir les talents en quête d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Finalement, le bureau, même réinventé et relocalisé, aura toujours un rôle déterminant pour consolider la marque employeur des entreprises. »